Depuis 2003, Vivaqua mène un vaste chantier de modernisation du pertuis de la Senne, l’infrastructure souterraine qui guide la rivière sous Bruxelles. Cette rénovation vise à renforcer la sécurité hydraulique, restaurer un ouvrage vieillissant et améliorer la qualité de l’eau afin de permettre le retour progressif de la biodiversité.
La Région a soutenu ce projet stratégique via l’octroi de subsides publics répartis sur plusieurs phases entre 2005 et 2023, conformément à l’ordonnance du 16 juillet 1998 relative aux investissements publics.
La Senne, une rivière au cœur de l’histoire bruxelloise
Une rivière invisible mais centrale
La ville de Bruxelles s’est développée autour de la Senne, qui fut pendant des siècles un élément central du paysage urbain. Autrefois, elle était source d’énergie pour les moulins, voie de navigation reliant Bruxelles, élément stratégique du réseau de fortifications, ressource alimentaire pour la pisciculture, matière première pour certains métiers et exutoire des déchets et eaux usées. Cependant, malgré sa taille modeste, la rivière était capricieuse : ses inondations, parfois spectaculaires comme celle de 1820, menaçaient régulièrement les habitants.
La pollution des eaux, constante depuis le Moyen Âge, s’est accentuée avec l’essor industriel au XIXe siècle et la mise en place, dès 1848, d’un réseau d’égouts qui y rejetait toutes les eaux collectées. La diminution de son débit, causée par divers captages, a aggravé la situation, empêchant l’évacuation naturelle des détritus.
Pour limiter les crues, plusieurs aménagements furent réalisés : dès le XIVe siècle, Bruxelles construisit deux ouvrages hydrauliques avec vannes régulatrices – la Grande Écluse (près de l’actuelle gare du Midi) et la Petite Écluse (porte de Ninove). Malgré ces dispositifs, l’urbanisation rapide du XIXe siècle a rendu ces protections insuffisantes face aux crues de plus en plus fréquentes.
Le premier voûtement (1865–1871)
Au XIXe siècle, la mauvaise qualité de l’eau et les fréquentes inondations alertent les autorités, soucieuses à la fois de santé publique et d’image pour Bruxelles, appelée à devenir une capitale moderne. En 1865, le projet de voûtement de la Senne, conçu par l’architecte Léon Suys, est retenu et soutenu par le bourgmestre Jules Anspach. L’exécution est confiée à la Belgian Public Works Company, une entreprise anglaise.
Les travaux, d’une ampleur exceptionnelle, durent à peine trois ans mais transforment radicalement la ville. Le tissu urbain est éventré, de nombreux quartiers anciens disparaissent, et les rives de la Senne sont remplacées par de larges boulevards inspirés du modèle haussmannien. Ces boulevards sont inaugurés en grande pompe le 30 novembre 1871.
Le voûtement, accompagné de la suppression des multiples bras de la rivière dans le pentagone bruxellois, met en grande partie fin aux inondations et organise l’évacuation des eaux usées, toutefois sans traitement préalable.
La Senne d’hier
- Plan de Bruxelles avec la Senne et les zones marécageuses, 1550–1565
- Photographie de la Senne, 1867
- Le pentagone de Bruxelles, son port et la Senne, 1837
- Ancien marché aux Poissons le long de la Senne, vers 1870
- La Senne avant et après les travaux d’assainissement (1867–1871)
Vue des travaux de voûtement de la Senne et de construction du collecteur, 1869 – 1874
Images : © Vivaqua, © Archives de la Ville de Bruxelles
Les travaux de rénovation (2003–2025)
À la suite des analyses confirmant l’urgence d’intervenir sur la structure construite au milieu du XXᵉ siècle, les premiers travaux ont été engagés en 2003.
Après cette phase initiale, une phase semi-industrielle a débuté en 2008 et s'est achevée en 2025 avec la treizième et dernière étape du chantier.
Ce projet vise à moderniser le dispositif afin de garantir sa solidité, d’assurer la continuité hydraulique et de contribuer à l’amélioration de la qualité de l’eau. En séparant les eaux usées de la rivière, la rénovation ouvre la voie à un retour progressif de la biodiversité.
L’ouvrage étant constitué de deux pertuis de près de sept kilomètres chacun, les interventions se sont déroulées par tronçons pour un total de 13 phases de chantier, en traitant un pertuis à la fois. Afin d’assurer la continuité hydraulique, des batardeaux ont été installés en amont et en aval du tronçon concerné, permettant de dévier temporairement les eaux vers l’autre pertuis.
Un chantier par étapes
La rénovation s’est déroulée en 13 phases successives, chacune traitant un tronçon du pertuis.
- Curage et nettoyage des surfaces internes ;
- Hydrodémolition à haute pression (2 000 bars), suivie de tests à la phénolphtaléine pour évaluer la dégradation du béton ;
- Passivation ou remplacement des armatures ;
- Renforcement par treillis et gunitage (projection de béton) sur les parois et plafonds ;
- Lissage et contrôles qualité systématiques.
Au total, 13 500 mètres linéaires auront été traités entre 2003 et 2025.
Partenaires et financement
Trois entreprises spécialisées (Renotec, Sodraep et CFE) ont pris part au chantier.
Le budget global s’élève à 33 millions d’euros, financés par Vivaqua dans le cadre de marchés publics. La Région de Bruxelles-Capitale a octroyé plus de 6 millions d’euros de subsides, répartis sur plusieurs phases.
Avant la rénovation
Images techniques des défauts constatés avant la rénovation
- Coupe du double pertuis
- Éclatement du béton
- Corrosion et gonflement des aciers
- Concrétion
- Perte d'étanchéité
Photos : @Vivaqua
Le chantier
- Batardeaux
- Curage et nettoyage
- Hydrodémolition manuelle
- Passivation des armatures
- Pose des treillis
- Gunitage des voiles et des plafonds
- Lissage de la gunite projetée
Photos : @Vivaqua
La rénovation du pertuis de la Senne est l’un des chantiers hydrauliques les plus importants de ces dernières décennies à Bruxelles. En modernisant un ouvrage essentiel et en améliorant la qualité du cours d’eau, ce projet contribue à renforcer la sécurité, à restaurer l’environnement et à préparer la ville aux défis climatiques futurs.
Visite du chantier par BPL
En 2025, une délégation de Bruxelles Pouvoirs locaux a été invitée à découvrir l’avancement de la treizième et dernière phase du chantier, au niveau de la place Bara. Cette visite a permis de constater la complexité des opérations menées en milieu souterrain, d’observer les techniques de rénovation mises en œuvre et de mesurer l’ampleur du travail réalisé depuis plus de vingt ans. L’équipe BPL a pu échanger avec Vivaqua et les équipes techniques sur les enjeux hydrauliques, environnementaux et patrimoniaux liés à la rénovation du pertuis.
























